Ete indien, Octobre rose

Telenovelas poliamorosas et autres histoire de tatou : Des nouvelles (hot) de nos matrices

A deux ans de l'Estallido, les camarades féministes chiliennes nous accompagnent. 

C’est que l’histoire de nos matrices serait incomplète si j’en oublie son autre face, cette phase où elle n’a rien de productif ni de reproductif, l’étape de l’émancipation du corps, de la libération des démons etc. Alors je me lance et vais ici et là sortir les violons des aventures polyamoureuses et autres amours alternatives et émancipatrices.

Vous connaissez ma genèse : il y a plusieurs années, à la suite de troubles expériences déjà racontées, entre agressions et rupture, entre maladie et fausse-couche, j’ai décidé d’avoir un enfant seul. J’ai décidé que ce serait maintenant, que ça ne dépendrait plus jamais de personne et moins encore d’un éventuel « meilleur moment » toujours à venir. J’ai emprunté le chemin polyamoureux. J’ai décidé que mes relations, amicales, militantes, sexuelles, familiales, auraient honnêteté et déconstruction comme horizon. J’ai décidé que mon IAD serait anonyme, l’identification possible du donneur en cas de nécessité plutôt que la possibilité de le contacter et de le connaître, lui, le géniteur, parce que l’inverse me semble contradictoire avec le projet que je construis et ses fondations.

Pendant que le temps file, pendant que j’enseigne encore à la fac, pendant que je m’exile entre campagne professionnelle et vie familiale et sociale urbaine, je garde un « éventail de possibilités » suffisamment fourni pour être présent et mobilisable, assez déconstruit, intello ou militant pour avoir des conversations nourries, des débats piquants, des relations honnêtes et respectueuses. J’ai déjà remercié ailleurs ce que mi Artista et sa troupe flamenca m’avaient apporté sur le chemin tortueux de la récupération de mon corps et de mes orgasmes. De même concernant la lumière qu’a fourni Bienveillance Incarnée pendant mes traversées de désertiques tunnels.

Aujourd’hui, les expériences sont variées, la saison fin 2020-printemps 2021 a été faite de relations houleuses, quoiqu’intéressantes. Du rappeur militant en plein processus de déconstruction, et de rupture accessoirement aux affres de l’erreur Drama Queen, manipulateur cherchant sous couvert d’être un allié, à devenir un besoin dont ta vie dépende, le gout amer de l’oppression et de l’étouffement collait ainsi à la douceur paradoxale de ses lèvres.

Comme vous le savez ou pas, l’été a été riche émotionnellement. Mais il l’a aussi été de belles rencontres.

Encore dans les effluves des notes de « Tout le monde nique la BAC » tout droit venues d’un week end champêtre arrosé avec mes ami.es de l’Educ Nat et du Supérieur, j’ai mon premier rencard estival. Un Educ’ Islamogauchisant au corps d’Apollon, plutôt taiseux mais au bon mot toujours au bord des lèvres, amateur de Peura impactant, allié féministe, padre de deux petiots, aux épaules supportant les larmes, connaisseur de traumas et de PMA.

La seconde, non des moindres, sera plus tardive et viendra courant l’août. Comme une histoire d’adolescents devenues presqu’adultes, elle tâtonnera, elle prendra son temps.

Un premier rencard le soir, dans un bar très chill d’un quartier gentrifiée du 7e. Son pantalon orange file comme un éclair dans la nuit, elle le rejoint en retard pour s’attabler en terrasse. Il ne connaissait plus son visage, il est agréablement surpris par ses traits et son allure, un peu par sa gouaille et son rire, un peu par son aplomb, un peu par ses yeux qui doutent, un peu par son passé entre groupes de musique, étude, casino et braquages. La soirée passe sans crier gare, tout fuse, de balades en pic-nics improvisés au Parc aux Lions.   

Il est franco-sénégalais, elle sait ce que le Bambara, le Djoula, le Malinké sont, elle connait le Mafé appris au Patio, il est cuisinier et kiffe les produits bio, locaux et équitables. Elle milite pour l’autogestion, il bosse dans une SCOP stylée avec une baignoire à l’entrée et une cour intérieure, avec des gens cool pour qui le trans-safe, et l’adelphie ne sont pas des gros mots. Un endroit, d’ailleurs dont elle a souvent foulé le sol avec les camarades, lors des incursions lyonnaises des campagnes antiracistes de l’époque Patio. Tout se croise. Les synesthésies habituelles donnent du relief aux échanges : elle lui échange Gata Cattana contre ACS et son excellent et subtil No Homme, au rythme de leurs conversations sur le vrai racisme et l’hypocrisie sexiste des bien-pensants blanc cisgenre pseudo-progré, sur la déconstruction des genres et des masculinités, sur l’indépendance et l’amour.

Rosa Luxemburgo, Campoamor, guerra amazona
Vestal romana, sendero impío hacia la vida humana
Keny ArkanaSafoHipatiaParks y Hatshepsut
Yo os invoco hijas de Eva buscando una luz
Buscando una luz, buscando una luz

Yo os invoco hijas de Eva buscando una luz
Buscando una luz, buscando una luz
Yo os invoco hijas de Eva…

Desde que Prometeo les mostró el truco del fuego
Sometieron nuestro ego desde Atenas a Estambul
Tú y cuántos como tú contra estas dos titánides
Corre ve y dile a aquel que no vamos a ser tan dóciles
Imbéciles se creen que son la élite caerán
Por su propio peso cuando rescate a Eurídice
Lapídame, humíllame, si quieres ponme un burka
Arráncame la voz y el clítoris pa’ ser más pulcra
Escóndeme, tápame bien ese escote impuro

No sea que te pervierta o te transporte al lado oscuro
No sea que te intoxique con mi psique de cianuro
La mujer es el diablo eso seguro, ten cuidao

Au fil de la discussion, honnêteté et confiance poignent à l’horizon. Elle lui dit qu’elle aime qu’il soit un créateur de « poumon de respiration » dans une société polluée. Elle lui dit même plus en avant qu’il est un poumon pour elle, offrant spontanément un moment oxygénant et revigorant, plein de sourires et d’amour, plein de bienveillance et de compréhension.

L’avenir n’est pas écrit : les deux sont tombés d’accord sur le fait de l’écrire ensemble, au fur et à mesure des avancées, des sourires, des aléas, des contradictions, des frustrations, des peurs et autres piments du quotidien. Depuis, hors de question de définir cette relation, je me meus avec bonheur et aisance dans l’honnêteté d’une relation aussi sûre et bienveillante qu’incertaine et libre. Elle est si juste, naturelle, sereine, que je la vois tout de même s’acheminer doucement vers ce qui ressemble à la Relation de base, ce plancher idyllique, toujours présent pour qu’on s’y appuie, construise, fonde, sans jamais se faire cage.

Mr SeeDaBrightSide est au courant de la PMA, de sa genèse. Sur ce récit, il a évoqué ses propres expériences en matière de peur de paternité non désirée. Il avait préalablement dévoilé les complexités de ses rapports à la paternité, ayant été élevé seul, dans l’absence d’un père obnubilé par la fuite en avant vengeresse d’un succès perdu. Il dit ce soir là n’avoir rien de figé sur les évolutions de la relation, laissant à celle-ci le dernier mot sur la place qu’il occupera dans le processus de conception, de gestation et d’accueil d’un Toucan.

Avant cela, lors d’une soirée avec ses amies fêtant sur le trottoir les 15 printemps d’une épicerie Toto de La Ville, alors que nombreuses sont celles qui se montrent curieuses quant à l’amie inconnue de Mr ToutSourire, l’une d’entre elle, en aparté, parle d’abord à celle-cu des affres de son métier de DJette indé, pour finir par raconter l’agression dont elle se remet tout juste. Au départ de celle-ci, une fois l’écho dissipé des rires que suscitaient chez nous deux les curiosités féminines liées à ma présence, Mr ToutSourire demande à mes yeux dans le vague si je vais bien alors que sonnent les vers du Saïan Supa Crew. Je lui explique ce que ce morceau fait bruisser en moi, mon malaise alors qu’il entre comme trop en résonnance avec la scène qui vient de se produire, où une parfaite inconnue m’a raconté de but en blanc sa dernière agression sexuelle.

Je dis ma fatigue et ma douleur. Je dis mes contradictions, mes doutes : si je crains qu’on ne me voit comme victime, je ne veux plus être la Forte-qui peut tout porter-tout entendre pour autant. Qu’a-t-elle donc vu qui inspire cette confiance de la confession ? N’est-ce que le climat qui serait propice à la sororité ? Comment puis-je me lamenter de ce témoignage alors que je cherche la libération des paroles et leur réception bienveillante ? Mais quelle est donc cette trace, cette marque des Violées et Violentées par la MasculinitéMâleConstruite qu’elles voient sur mon front, dans mes yeux, sur mes lèvres ?

Sorte de pied de nez aux moralisatrices et ode aux déconstruites nécessairement imparfaites que nous sommes, opprimées qui oppressons en cherchant à libérer.

Le son nous accompagne, enlacés comme des ados dans le métro, retrouver d’autres contrées qui réchauffent les coeurs. La crise de conscience féministe sonne tant et plus dans les jours qui suivent, entre l’énergie de Krudas Cubensi et Mi Cuerpo es Mio et la rage de Vivas, en passant par la puissance de Cancion sin miedo et l’ingéniosité de Rebeca Lane, Rosalia, les mille et unes nuances de Ni Una Menos, les limites des militantes et l’illusion de « pureté », ces dominations avouées dans La Purga de Tribade, que j’écoute en boucle.

Se han roto relaciones por falta de cuidados
Con el machi de turno a ratos he empatizado
A veces a las compañeras las he cuestionado
Poliamor, sí, pero del mal llevado
Santa María, madre de dios (madre de dios)
Ruega por nosotras, pecadoras en confesión (deconstrucción)
Hoy oprimidas, sí, mañana opresoras
No soy digna del feminismo, dadme la excomunión
Mira, hermana, sé que soy una euroblanca
A veces escribí, insulté por la cara
Me enfadé mucho con el que no cambiaba
Yo follé con machis como Frida atravesada
Vétame de tu ocupa (ey), roja como Angela (Davis)
Flagela mis ideas, ¿cuántas de clase obrera?
Interpélame, pero amorosamente
Nadie nace feminista, nadie nace consciente
Destiérrame, si ya lo he confesado
Lanza tú la piedra
Nadie es libre del patriarcado

Et puis il y a cet autre soir, celui où elle arrive d’une difficile journée, de celle où tu laisses les petits en catastrophe à la voisine pour emmener MaSoeur aux urgences et finit à 22h quand tu quittes l’hôpital et les larmes d’une héroïne malade à bout de souffle. Quand il ouvre la porte, il sourit largement et demande si ça va, elle préfère ne pas répondre, tout en se gardant de montrer les perles qui font briller ses yeux. La terrasse de la Casita, un coloc’, un ami, une bière, une douce soirée, des discussions et comparaisons variées sur le pouvoir d’évocation de l’odorat, du goût, du toucher, des sons et musiques…

Des complicités antiracistes et décoloniales entre les 2 compères aussi, de références en connaissances communes. Comme ACS, qui nous ramène aux terrains de lutte et à la force qu’ils donnent. Un groupe local, un morceau dédié à l’amphi Z, qui me ramène au Patio et aux Coord, aux « Je veux Dormir avec Toit » des luttes avec la Patate ou le DAL aux slogans Anti Loi dite Asile et Immigration; « Dublin ça nous fatigue ». Ce n’est pas la seule référence puissante: on n’a avec eux dans notre Vitrine des Oublié.es « plus qu’un nom en tête, Anasse », ce camarade étudiant qui s’était immolé par le feu en voyant sa bourse lui échapper, cette figure martyre des étudiant.es ultra-précarisé.es et de leurs luttes contre les réformes néolibérales de l’université et du secondaire comme la « loi ORE » qui en finit avec « l’université pour les prolétaires ». DTP me rappelle les cris des manifs Gilets Jaunes « C’est qui les casseurs? C’est qui la racaille« .

Plus proche encore, Cas d’école est un panorama alarmant et criant de vérités de terrain, au coeur de l’éducation à l’ère de la start up nation, la pédagogie excluante de l’école de la bienveillance sauce confinement, les mensonges de l’école de la république, la machine à broyer ceux qui ressortiront de là en se disant qu’ils sont stupides lorsqu’ils n’ont pu prendre conscience du déterminisme du capital, lorsqu’ils naturalisent les inégalités qui les frappent face au Savoir universel, à la Culture générale, à la course à la sélection et à la pression constante de Pronote et ParcourSup, à une Ecole dont les moules ne sont pas faits pour eux.

"Y'a pas de casseurs juste des gens qui n'en peuvent plus de devoir supporter le capital et sa logique. Les camarades dans les squats ont plus fait pour les mineurs isolés que le maire de la Ville. "

Sur un ton plus joyeux, propre à Mr Bisounours, la praxis antiraciste est également ludique, impliquant notamment des « cartons rouges » décidés de concert, dans une insurrection conjointe face à un flagrant-délit d’attribution au faciès du surnom « La Noire » au chaton racisé récemment débarqué en territoire coloquesque.

Je vous passe le détail d’autres apports chaleureux de cette relation et résumerai cette histoire en devenir par quelques-uns de ces moments-pépites qu’on voudrait garder au fond de soi pour les ressortir durant les tempêtes. La chaleur d’un sourire franc lors d’un coucher de soleil au bord de l’eau dans le Parc aux Lions, celle apparente de ses lèvres qui hésitent autant que les miennes alors qu’on se frôle et que chacun sonde le regard de l’autre alors qu’on étudie les singes acrobates du Zoo de LaVille, celle effective de baisers échangés dedans, dehors, là où nous porte le moment.

J’espère que j’en dirai pas moins dans 3 mois. 😉

Mais à coup sûr, ces 3 mois auront eu le mérite d’être vécus.

#StayInTouchmyPIMPS

Tatou PIMPS, 22/10/21

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